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 Les composts liquides

 

Efficaces pour stimuler les sols, les composts liquides
sont faciles à épandre. Et pour assainir les sols,
regard sur la méthode EM de Teruo Higa.

 
Jean-Paul Schmitt à Scherwiller et quelques autres viticulteurs, pratiquent les composts liquides avec semble-t-il d’excellents résultats au regard des vins comme ceux du domaine Hühnelmühle.

Jacques Moreau et Robert Casenove, les deux promoteurs de cette technique en France, partent d’un constat agronomique simple et rarement soulevé dans les débats techniques : “La plante utilise 70 % de sa photosynthèse, 50 % sous forme feuilles et de branches, 20 % sous forme de racines. Quant aux 30 % de photosynthèse restants, on les retrouve dans les sols sous forme d'exsudats racinaires, de composés organocarbonés, comme les sucres.” Que deviennentils dans le sol ? Ils servent en réalité à nourrir la biomasse terrestre et en premier lieu les communautés microbiennes de la rhizosphère qui vivent dans le proche environnement des racines. A condition toutefois que la biologie du sol soit active. “Sur sols morts, les sucres deviennent du gaz carbonique, sur sols vivants, ils nourrissent la rhizosphère et deviennent de l’humus.”

La biologie du sol a encore beaucoup à nous apprendre car l’agronomie conventionnelle ne tient guère compte de ces 30 % de carbone de photosynthèse cédés au sol par les plantes. Les inconnues concernent également le cycle de l’azote. Exemple : les endomycorhizes transfèrent directement de l’ammoniaque et de l’ammonium du champignon à la plante. Ammonium qui provient de la bactérie azotobacter. Cette version biologique “azotobacter + mycorhizes” est un cycle de l’azote beaucoup moins énergivore que le cycle conventionnel où l’on ajoute des nitrates. Le problème est qu’azotobacter est sensible aux chlorures et autres sels apportés par les engrais. Cette Cactérie a donc quasiment disparu de nos sols...

Pour activer la biologie du sol et mettre à profit ce carbone séquestré grâce à la photosynthèse, les deux agronomes proposent la technique Géophile. La base fermentaire est une eau brassée en circuit à fort débit et faible pression. Dans ce brassage sont immergés de la poudre de composts, des tisanes de plantes, des extraits liquides de lombricompost, d’algues, de mélasse, d’extraits de poisson, et des jus de plante.

Le bouillon de culture démarre à 15° C et chauffe naturellement jusqu’à 30-35° C. Il est pulvérisé comme de l’eau de pluie à la dose de 50 l/ha au stade deux ou trois feuilles. Ensuite le sol est griffé. Selon les observateurs, les sols battants se restructurent en trois semaines. Ils attribuent ce phénomène à l’activité mycorhizienne qui sécrète des glomalines, une glycoprotéine collante qui stabilise le sol mais pas seulement. “Nous observons souvent un effet grumeleux en surface même sur des sols pauvres en végétation (il ne s’agit donc uniquement des mycorhizes qui sont obligatoirement liés à des racines végétales en activité)”, remarque Jacques Moreau. Selon Elaine Ingham, agronome américaine, qui promeut cette technique, les composts liquides contiennent des dizaines de milliers d'espèces de microorganismes, dont beaucoup fabriquent des colloïdes en-dehors de l’activité mycorhizienne.

Autre observation, les plantes cessent de souffrir et les carences se résorbent. Des analyses révêlent un gain de 0,5 % de matière organique (MO) sur 20 cm de profondeur soit 11 t de MO/ha, lié au recyclage des exsudats racinaires. Toujours selon les observations, le sol s’enrichit en éléments assimilables dont le bore, le phosphore et le manganèse pour les plus significatifs. La résistivité du sol baisse de 2,3 %, effet accentué en biodynamie. Autre observation intéressante, ce compost décompose rapidement les sarments.
Appliqué sur compost, le compost liquide permet de réduire significativement les pertes organiques. Sur 100 m3 on récupère 60 m3 au lieu de 40 m3 en compostage normal.



La technique EM

L'EM (Efficient microbiology) sert surtout à assainir un milieu microbiologique, à mater les pathogènes. Les micro-organismes ajoutés sont sélectionnés selon la méthode de Téruo Higa, un scientifique japonais qui a classé une série de micro-organismes à tendances favorables ou défavorables au sol et à la plante selon une approche d’oxydoréduction. Parmi les bactéries, les algues, les champignons et les levures listées par Teruo Higa, et favorables à la plante, on retrouve en particulier des espèces bien connues : Aspergillus, Pénicillium, Trichoderma, Saccharomyces, Schizosaccharomyces, des bactéries lactiques, fixatrices d’azote ou intestinales. Cette préparation EM peut être appliquée sur compost.



L’avis de Daniel Brehm,
de la ferme Tiergaten à Bouxwiller


Observateur éclairé de l’agriculture biologique, Daniel Brehm de la ferme Tiergaten à Bouxwiller donne son opinion sur cette technique : “Les extraits combinés de composts, de plantes et d'autres additifs sont infiniment variés en souches, jusqu'à la multiplication de souches de mycorhizes spécifiques. En pratique il faut observer ce qu’Elaine Ingham faisait à l'origine : elle commettait l'erreur de brasser avec des pompes, ceci sélectionne des souches en tuant certaines familles par la force centrifuge et matraquages divers. Ce phénomène existe aussi avec les pompes de pulvérisateur et les jets à turbulence quand on applique des microorganismes. Je l'ai constaté rapidement sur un appareil américain que j'avais acheté à l'origine. J'utilise depuis longtemps des pompes d'aquariophilie en plaçant les diffuseurs d'air de telle manière que les microbulles créent les courants d'eau pour l'extraction dans les chaussettes et le mélange de la cuve.
Autre point important : plus que le griffage, il faut perdre l'habitude de traiter par beau temps uniquement, qui vient des usages de produits conventionnels. Pour les produits alternatifs, le temps idéal pour traiter est d’intervenir avant une bonne pluie en période poussante : Les effets que j’observe sont pour la plupart particulièrement visibles !”



L’EST AGRICOLE ET VITICOLE
N° 20 . VENDREDI 15 MAI 2009 . PAGE 44
Article de D. L.


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